La fertilisation


Il faut en premier lieu distinguer entre « sol » et « terre ».  

Le sol contient de l’air, de l’eau, des micro-organismes en quantité astronomique, des éléments minéraux et de la terre.  La terre, elle, contient du sable, du limon, de l’argile, des matières organiques et de l’humus.

La terre, c’est donc l’aspect physique du sol.  Le sol, lui, est un écosystème dynamique qui comprend l’aspect physique, l’aspect biologique – c’est-à-dire la vie des micro-organismes – et l’aspect chimique, c’est-à-dire la transformation et la migration des éléments minéraux, comme le fer et le calcium.

Premier volet

Lorsque nous fertilisons, notre premier champ d’intervention sera la texture et la structure du sol.  Pour tous les végétaux qui exigent un bon sol, le premier rôle de la fertilisation sera donc de préserver ou de créer un bon sol en incorporant les amendements manquants dans celui-ci. Une bonne terre contiendra du sable, de l’argile et du limon.

Le sable allège la structure du sol, facilite la pénétration et le transport de l’eau et de l’air.  Le sable se réchauffe rapidement mais ne retient rien.

L’argile a la propriété d’absorber et d’emprisonner l’eau et les minéraux.  En excès, le sol est difficile à travailler, il est mal drainé et se compacte facilement.  En déficience, le sol ne retient rien.

Le limon retient assez bien l’eau et les éléments nutritifs de la plante, mais s’égoutte mieux et se travaille mieux que les terres argileuses.

À cette « bonne terre », il manque cependant un élément essentiel à la vie du sol :  l’humus.  Sous l’action combinée de l’air, de l’eau, de la chaleur et des micro-organismes, les matières organiques – comme les feuilles, les résidus végétaux ou les paillis – se décomposent en une matière noire et spongieuse que l’on nomme humus.  L’humus se retrouve dans les premiers centimètres du sol.  Sans humus, le sol est un milieu inerte et sans vie.  L’humus est le fondement, le lieu principal de l’activité biologique des sols.

Le complexe argilo-humique - car c’est ainsi que l’on nomme les colloïdes où sont unis l’argile et l’humus – c’est en fait le magasin général, l’entrepôt du sol.  C’est là que les éléments nutritifs sont retenus et c’est de là aussi que les végétaux les tireront lorsqu’ils en auront besoin.

C’est pour cette raison qu’un sol qui possède un bon complexe argilo-humique pourra recevoir un seul apport d’éléments minéraux (N-P-K) par année et offrir un très bon rendement.

Deuxième volet

Le deuxième volet de la fertilisation veillera à bien nourrir les micro-organismes du sol, car ils sont essentiels à la bonne santé de l’écosystème.

En plus de décomposer et de transporter la matière organique et même s’attaquer à la roche mère, les micro-organismes aèrent et labourent le sol. Ce sont des travailleurs infatigables. 

Une saine fertilisation veillera donc à nourrir tous les micro-organismes; ceux qui se nourrissent de matières organiques et ceux qui décomposent les éléments minéraux.  Les premiers seront nourris par des apports de compost ou des fertilisants naturels (comme l’engrais de poule, des algues, du sang séché ou autres).  Ces microbes seront aussi nourris en laissant des résidus végétaux ou des rognures de gazon sur le sol.  Ne nettoyez pas trop vos plates-bandes, vous enlevez de la nourriture à ses micro-organismes.

Voici quelques suggestions pour fertiliser

Le compostage domestique

Le compost est une matière brunâtre qui ressemble à du terreau.  Il provient de la décomposition contrôlée des matières organiques par des millions d’organismes vivants :  depuis les bactéries microscopiques jusqu’aux vers de terre.

Les conditions idéales de décomposition demandent d’appliquer trois règles d’or :

  • Alterner les matières humides ou vertes riches en azote (herbe coupée, déchets de fruits et de légumes, etc.) avec des matières sèches ou brunes riches en carbone (feuilles mortes, paille, sciure de bois);

  • Garder le tas humide comme une éponge pressée;

  • Laisser pénétrer de l’air dans le tas de toutes les façons possibles :  contenant aéré, retournement, outil d’aération, etc.

Combien de temps faut-il?  

Les déchets organiques peuvent prendre de quelques semaines à plusieurs années à se décomposer.  Si on a bien équilibré les matières « vertes » et « brunes », si elles sont déchiquetées, bien humides et aérées, on pourra obtenir du compost en quelques semaines seulement.

Thé de compost

Voici une recette de thé de compost, ce thé améliore la santé des sols, la croissance des plantes et protège les plantes contre les maladies.

Déposer un sac de 30 litres de compost dans le fond d’une poubelle, remplir avec un jet d’eau vigoureux.  Après 24 à 36 heures, prendre l’eau du dessus, la couleur devrait ressembler à celle du thé.  Arroser le sol ou le feuillage le matin, très bon pour entretenir les micro-organismes du sol.

Autre façon de fertiliser un sol

Semer en juin du sarrazin sur une terre dénudée.  Juste avant que les plantes montent en fleurs, on coupe et on l’enterre dans le sol.  Cet engrais vert fournit beaucoup d’azote au sol.

Il existe aussi la méthode traditionnelle

Ce sont les engrais de synthèse, les sels.  Ils sont directement assimilables par les plantes sans passer par l’intermédiaire microbien.  Donc on nourrit la plante mais non notre sol. Ces engrais agissent vite sur la plante, mais ils laissent des sels qui appauvrissent le sol, amenant à son déséquilibre.

Vous les connaissez sous différentes formes, tels que le 20-20-20 ou 15-30-15.  On parle ici de N.P.K., ces nombres indiquent la teneur en azote (N), en phosphore (P) et en potassium (K). L’azote contribue à la croissance, à la densité et à la coloration du gazon.  Le phosphore aide à l’enracinement et stimule la floraison. Le potassium renforce la résistance aux éléments de stress tels la maladie, la sécheresse, le froid et les insectes et est responsable de la grosseur des fruits.

« Souvenons-nous que chaque fois que nous éliminons des organismes vivants du sol, nous héritons d’un travail dans lequel ils sont passés maître, alors que nous sommes à peine des novices. »

Bon jardinage!

 

Sylvie Boudreault, Les jardins Beauséjour